Debout devant l’entrebâillement de la salle de bain de mamie, face à moi dans la pièce; ma tante Marjorie une boite dans les mains. Une photographie en tombe sur le sol, il y figure dessus une dizaine de bébés avec des visages rigoureusement semblables. Je suis mal à l’aise car je me reconnais en bas-age et je sais instantanément que je figure parmi ces progénitures. Le sourire de ma tante m’indique que je suis dans le juste.
Je l’interroge, elle m’apprend que ma mère biologique avait jadis pratiqué une fécondation in-vitro. Avec stupéfaction je prends également connaissance que j’ai été adoptée et que ma mère avait du alors me choisir à partir du cliché de cette portée. Ce qui me perturbe c’est pas tant l’adoption; je suis pas née seule, que j’ai des doubles, des triples, une dizaine nous sommes.
Mon oncle aide sa femme a ranger cette fameuse boite, mon cousin nous passe devant pour se laver les dents. Assidûment statique entre les deux pièces je ne fais que les mitrailler de questions. Dans toute cette confusion je découvre que ma mère était tombée malade durant le processus d’adoption et qu’au dernier moment la DASS l’avait empêchée de me récupérer. Schmilblick qui avait mené ma famille dans une grande bataille juridique avant me voir finalement confiée à eux.
On m’avise que mon prénom originel était Katy, qu’à l’adoption définitive on l’avait changé pour celui que j’arbore aujourd’hui. Je suis sous le choc. Vent de panique. Je continue de poser des questions en cascade.
Je prends un nouveau choc. Je suis pas née en aout mais en décembre de l’année d’avant et ma date de naissance correspond à la date officielle d’adoption, donc du jour ou j’ai arrêté d’être Katy.
Je pleure, je me sens tellement inconfortable avec tout ce flou identitaire, mes interrogations s’entrechoquent. Personne semble attacher plus d’importance que cela à mon état, comme si on venait de me délivrer une information anodine. Ma tante est agacée de me voir faire ma drama queen, elle me coupe le souffle :« Ça va, n’en fait pas une maladie, c’est anormal que tu sois pas déjà au courant. »
Ils descendent en bas dans la salle à manger, je suis assise recroquevillée sur le pouf de la salle de bain, je pleure. Subitement j’observe par terre près des toilettes un morceau de viande, du magret de canard séché. Je l’attrape pour le jeter à la poubelle quand je m’aperçois qu’au fond des cabinets il y a d’autres tranches de magret.
Je tire la chasse d’eau tout en continuant de pleurer lorsque mon cousin revient dans la pièce et me prend dans ses bras. Il me convainc que ça va aller et qu’au fond c’est pas important. Dans l’une de ses mains il s’y trouve un plateau de cuisine contenant des cuisses de poulet, il m’expose qu’il va cuisiner ceci a midi pour tout le monde. Je me sens mieux.
Je retourne sur le siège près de la baignoire et le regarde faire une chose extrêmement bizarre. Il appui sur un bouton des toilettes, une grille se déplie au dessus d’eux et se met a chauffer, il y dépose le plus normalement du monde les cuisses de poulet. Je suis paralysée par la monstruosité de ce qui se déroule sous mes yeux, je n’ai plus assez de force pour hurler.
J’ai huit mois de plus, je suis une Katy et mon cousin chéri fait cuire notre repas sur le cabinet des toilettes de ma grand-mère. Me voila en transe, une sorte de panique mentale totale.
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Mon sommeil est un monstre